Ça y est. Je les ai eus, mes *deux fois 20 ans* comme me le disait avec tendresse ma petite sœur de jour. C’est joliment dit, bien sûr, mais dans les faits, le bilan est moins doublement ravissant que la fraîcheur des vingt ans! M’enfin… 

Si les signes de mon âge commencent à marquer nettement mon visage, j’ai tout de même remarqué de beaux avantages! 

Par exemple, j’ai décidé de me mettre au sport (ah, oui, c’est vrai, je veux me mettre au sport, j’avais presque oublié!).

Histoire vraie …

Il faut que je vous parle d’un ami d’enfance … mon piano. On en a passé du temps ensemble, compagnons de gammes studieuses et d’exercices laborieux, complices suants et rouspétants, repassant maintes fois des partitions indomptables, des mélodies qui ne se laissaient pas apprivoiser … des larmes de découragement, de frustration, de colère, d’impuissance, … mais pas seulement … et c’est pour ça que l’histoire est belle, tissage de joies et de peines, si proche des chants de la vie, tellement parabole …

Ça a dû se passer comme ça, je crois… je marchais dans la rue, un jour de soleil. J’avais le cœur ouvert, mais je sentais qu’il était un peu sensible … c’était comme s’il avait attrapé un coup de froid. Oui, c’est ça, comme un coup de froid… imperceptible d’abord, mais là. Vous savez, de ces débuts de rhume, quand on a la goutte au nez, mais qu’il ne coule pas vraiment et que tout le corps est inconfortable… j’avais un début de rhume de cœur. 

Comment l’avais-je donc attrapé? Un courant d’air peut-être. Je repensais à cette phrase si souvent entendue *ferme la porte, laisse le froid dehors!*.

Un courant d’air… ferme la porte… laisse le froid dehors…

Alors est revenu à ma mémoire un défilé de regards… il y a eu celui qui était baissé, que j’ai croisé tout à l’heure, d’une voisine âgée qui marche le nez en bas et qui à force ne connaît plus que le visage du trottoir. 

Le printemps est une saison courageuse… 

Pendant l’hiver, les graines sont frileusement blotties dans la terre alors que la sève se retire dans les racines des arbres… On ne leur demande rien, on n’en attend rien. Les oiseaux migrent et les plantes se referment sur elles-mêmes, dans leur loge... Le théâtre est clos, les coulisses sont désertes, les projecteurs éteints.

Puis la saison douce…

Et si cette année, la sève et les germes n’avaient pas trouvé la force de pousser la terre, de remonter le bois du tronc? Et si les ceps avaient su le passage glacial et mortel de *la gelée noire*… à quoi aurait ressemblé le printemps? Courageuse éclosion qui quitte sa loge, prend le chemin du rideau rouge de la scène, se laisse battre de vie et éblouir par la lumière, s’ouvre comme le parchemin d’un chef-d’œuvre rejoué chaque année, le même et à chaque fois nouveau pourtant…

Voilà, ça recommence… le réveil est réglé sur *trop tôt*, une nouvelle journée s’annonce. Mon mari est déjà parti travailler.

Se lever et ouvrir les fenêtres, aller réveiller la maisonnée avec les mêmes gestes et les mêmes mots, ouvrir l’armoire avec un *qu’est-ce que je vais mettre aujourd’hui?* avant d’entendre ma puce me dire *maman, je mets quoi aujourd’hui?*, prendre une douche, remplir la bouilloire et la mettre à chauffer. *Pain ou céréales?*, question de mon fils dont c’est la tâche de mettre la table du déjeuner. Je bredouille une réponse, on s’installe, on s’éveille ensemble… parfois dans la douceur, parfois (souvent!) dans les chipoteries primordiales d’une famille normale!