Mon nom est Pierre …

Ça fait déjà un petit bout de temps que je suis revenu à mon premier métier, que je rapproche mes horizons, que je raisonne mes rêves, que je vis en mineur, que je m’accommode des jours ternes parce que j’ai durement appris ce qu’il en coûte d’entrevoir, d’espérer, de penser trouver et d’y croire en risquant toutes ses sincérités. 

Oui, ces derniers temps, la vie s’est chargée de me rappeler que les lendemains des jours heureux sont difficiles, que je reste et resterai décevant, capable du pire et qu’il est peut-être plus sage de ne pas trop m’approcher de la joie pour ne pas risquer de pleurer à nouveau, plus fort, encore plus profondément, quand le bonheur versatile ne me voudra plus, quand, lassé, il me claquera à nouveau la porte au nez pour vite s’en aller sourire et recommencer sa danse ailleurs. Chat échaudé … n’ose plus espérer.

Alors je rétrécis, je m’éteins petit à petit, l’ *en-vie* s’en va comme le sable fin coule  entre les doigts… et le pire, c’est que j’ai l’impression que ça m’est égal …

- Pierre, suis-moi et je ferai de toi un pêcheur d’hommes 

Ces mots qui appellent, je les ai entendus de la bouche de Jésus un jour, il y a trois ans, au bord du lac de Galilée. Ses mots sont venus me chercher, réveiller en moi tout ce qui les attendait secrètement… imaginez : une parole qui me disait *espéré*, moi, Pierre … une parole qui m’ouvrait un avenir, prononçait un projet, donnait soudain sens élargi à chaque page de ma vie … tu seras pêcheur d’hommes, un témoin de merveilles, un *photophore* autorisé à porter et apporter la lumière dans les nuits de l’histoire et des histoires des hommes. Tellement beau …

Une parole … et une évidence simple qui y répondait déjà dans et de tout mon coeur : l’envie de m’y élancer, de venir m’y réfugier, de venir m’y sourcer, y *demeurer*. Quand j’y repense aujourd’hui, j’en ai encore les frissons. Jamais on ne m’avait approché d’aussi près, jamais comme ça, moi, le pêcheur de poissons.

Alors oui, je l’ai suivi, accompagné, écouté, j’ai espéré avec lui, pour lui, pour moi, pour nous, pour toute la petite équipe de disciples qu’il avait rassemblée et pour d’autres, tant d’autres qui ont croisé nos chemins.

Et puis l’impensable est arrivé. La mise à mort de Jésus … On s’était trompé de rêve, de projet, d’avenir, on n’avait pas compris, on a été incapable de le suivre, on l’a abandonné, renié, trahi, on lui a tous tourné le dos alors que lui appelait encore Judas *mon ami*. Notre bel horizon s’est refermé en quelques jours, comme englouti par la nuit de la Croix … finies les grandeurs, les ambitions, les envies de premières places … finis les rêves de filets remplis de bien plus que de poissons, finie la perspective de laisser une empreinte définitive et glorieuse de notre passage dans l’histoire de la libération d’Israël… quelle gifle!! et quelle suite écrire après ça??

Ben… après ça, j’ai ressorti ma barque, mes filets… je suis redevenu pêcheur de poissons, je suis revenu écrire la suite de l’histoire là où je l’avais laissée en suspens, en m’efforçant de faire taire mes désillusions, en revenant de l’immensité d’un royaume vers ma toute petite cabane du bord du lac. Il faut parfois survivre, simplement survivre.

Ce matin, mes filets sont vides, j’ai travaillé toute la nuit pour rien. Mes compétences, ma science du métier, mes astuces de professionnel n’ont servi à rien … Le moment propice est passé, il faut rentrer, assumer les gestes quotidiens du retour sans même la joie d’une bonne récolte, peut-être même sans un sourire sur la rive pour accueillir mon  retour …

Je me sens soudain tellement comme avant avec mon aube stérile … mais tellement contradictoire aussi : tout habité de ma peur d’espérer mais aussi de mon refus d’oublier ces trois ans avec Jésus. Je le sais, je le sens et j’ose me l’avouer : il y a au fond de moi une braise rougeoyante encore toute prête à devenir feu, un tournesol en fleur tout prêt à se tourner vers un chaud rayon, une oreille faite pour accueillir une voix, une terre travaillée, en guérison prête pour le grain, un petit reste qui refuse de se taire …

- Jette le filet à droite de la barque, et tu trouveras !

Comme au tout premier appel, c’est d’abord un écho intérieur qui m’invite à obéir, comme si à nouveau quelque chose en moi était fait pour venir à la rencontre de cette Parole, pour la pêcher dans mes filets !

Alors, défiant toutes les lois du métier, de la logique, défiant tous les discours raisonnables, mesurés, faisant taire tous mes rabat-joie et toutes mes peurs de souffrir à nouveau, j’obéis comme un fou qui revient frapper à la même porte de l’Espérance … Alors, je jette encore une fois le filet dans le lieu même de l’effort stérile, comme pour offrir ce lieu de mort, ce lieu aussi désertique que déserté à la liberté de la Parole créatrice, à la Parole des aubes fécondes, à la puissance de résurrection. 

Et mon filet se remplit sans fin… et c’est quand je reconnais la voix que mon histoire se reconnecte soudain non pas au retour absurde à ce que j’étais trois ans plus tôt, mais se reconnecte plutôt à la suite de ce que je deviens… le Ressuscité est revenu semer sa résurrection sur ma rive, y faire poindre ses aubes fécondes … Jésus n’a pas oublié un seul instant sa promesse pour moi : je suis toujours et encore son *pêcheur d’hommes en devenir*, je suis rendu à l’espérance… de mes mains qui s’accrochent au lourd filet à mon cœur, braise réanimée, je sais … et je sais que jusqu’à la fin de mes jours, chaque fois que je jetterai à nouveau le filet dans les lieux secs et stériles de ma vie, dans les lieux marqués par la mort, je le ferai en venant abriter mon espérance dans la puissance de la Parole créatrice, celle du Ressuscité, celle de l’éternel Vivant, celle qui remplit les filets et me réinstalle dans une *Histoire* qui va certainement vers une porte qui reste grande ouverte …

 

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu

La mort et la résurrection de Jésus

Jean 21.1 à 14 

Après cela, Jésus se montre encore à ses disciples, au bord du lac de Tibériade. Voici comment il se montre à eux. 

Simon-Pierre, Thomas appelé le Jumeau, Nathanaël qui est du village de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples sont ensemble. Simon-Pierre leur dit : *Je vais à la pêche.* Ils lui disent : *Nous aussi, nous venons avec toi.* Ils partent et ils montent dans la barque, mais cette nuit-là, ils ne prennent rien.

Quand il commence à faire jour, Jésus se tient au bord de l'eau, mais les disciples ne savent pas que c'est Jésus. Jésus leur dit : *Eh, les enfants, est-ce que vous avez du poisson ?* Ils lui répondent : *Non.* 

Jésus leur dit : *Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez.* Ils le jettent et ils prennent tellement de poissons qu'ils ne peuvent plus tirer le filet de l'eau.

 

Alors le disciple que Jésus aime dit à Pierre : *C'est le Seigneur !* Quand Simon-Pierre entend : *C'est le Seigneur*, il met son vêtement de dessus, parce qu'il l'avait enlevé, et il se jette dans l'eau.

Les autres disciples reviennent avec la barque, en tirant le filet plein de poissons. Ils ne sont pas très loin du bord, à 100 mètres environ. 

Ils descendent à terre et là, ils voient un feu avec du poisson dessus et du pain. 

Jésus leur dit : *Apportez donc quelques poissons que vous venez de prendre.* 

Simon-Pierre monte dans la barque et il tire sur la terre le filet plein de 153 gros poissons. Le filet ne se déchire pas, pourtant, il y a beaucoup de poissons. 

Jésus dit aux disciples : *Venez manger !* Aucun des disciples n'ose lui demander : *Qui es-tu ?* Ils savent bien que c'est le Seigneur.

 

Jésus s'approche. Il prend le pain et le donne aux disciples. Il leur donne aussi du poisson. C'est la troisième fois que Jésus se montre aux disciples depuis qu'il s'est réveillé de la mort.