Inimaginable, insensé ... c'est bien l'homme de Galilée, le Fils de Dieu, Celui qui devait venir! Il est là, cloué sur une croix... Témoin de la souffrance qu'il crie de tout son corps, chacun ici sait très bien qu’on approche du dernier des soupirs qu’il élèvera sur la terre. Celui qui a ouvert le cœur des hommes s’est laissé gifler, frapper, insulter, humilier, blesser par tout ce qui en est sorti… 

 

Je suis assis sur un rocher, un peu à l’écart … j'observe. Mon regard descend au pied de la croix. Appuyées là, je reconnais les tables de Moïse, les dix commandements, les dix paroles qui condamnent encore à la mort éternelle chaque transgresseur … 

Mes yeux s’attardent … petit à petit, je vois le sang du Christ couler goutte à goutte de son côté percé sur cette loi qui accuse, en remplir les lettres, en recouvrir les mots, devenir bouclier, rempart qui protège de ses verdicts en les rendant muets devant le geste nouveau qui sauve.

Il est là sur la croix, lui, le seul vrai juste, injustement cloué… Il est là, venu offrir jusqu’au bout la réponse de Dieu au drame des cœurs *abîmés*, des vies salies, venu accomplir la guérison de chaque morsure du mal et payer une fois pour toutes la facture de la justice. Derrière Lui, à un jet de pierre, j’entrevois l’entrée obscure du tombeau qui recevra son corps quand il aura rendu l’esprit, quand tout sera accompli.

 

Un bruit nouveau me sort de mes pensées. Je me retourne. Un cortège innombrable s’avance en silence … un à un, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux se succèdent sur le petit sentier qui passe devant la croix. Je les observe et je suis frappé par leurs regards mêlés de tristesse et d’espérance quand ils lèvent les yeux vers le Crucifié. Chacun tient dans sa main un manuscrit qui m’a tout l’air d’être un acte d’accusation établi à son nom. Le verdict de la Loi comme seule lecture, seul bilan de sa vie ... la *peine*, celle du coeur et celle de la justice, la peine mais aussi l'espoir fou se voient sur les visages, s'entendent dans les soupirs qui viennent chercher refuge dans l'ultime soupir du Sauveur.

Je reconnais des gens de tous âges et de toutes époques, des héros de la Bible comme des célébrités de l’histoire, des riches, des pauvres, des anonymes aussi… il y a celui qui a tué à coups d’épée, le meurtrier à coups de mots, un roi qui a égaré le peuple qui lui était confié, un menteur notoire, un juge corrompu, un abuseur, un faux témoin, un lâche, un prophète infidèle, un voleur, un envieux, un rancunier, un manipulateur, un truqueur, un tyran, un dissimulateur, un malhonnête, un pervers, un profiteur, un nuisible, un toxique, un faux jeton, un hypocrite, un prétentieux, un verni, un décevant, un perfectionniste parfait, un méprisant, un rebelle, un vantard, un narcissique, un donneur de leçon, un méchant, un semeur de trouble, un agressif, un destructeur, un cruel, un impitoyable, un comptable qui aime faire payer, un versatile, un glacial, un conditionnel qui aime autant reprendre que donner… 

Ils passent tous devant moi. Ils sont là, portant encore dans leurs mains tout ce qui les raconte et les condamne … mais ils savent pourquoi ils sont là ... ils sont déjà un peu *au-delà*, là où le murmure de leur foi les emmène. 

Arrivé à ma hauteur, le dernier s’arrête... stupeur, il a exactement mes traits, .... c'est moi!! Je suis là et je m'invite à prendre ma place dans le cortège. Je sais l’importance du moment, j’y étais comme préparé depuis que j'ai découvert ce matin sur ce rocher un acte d'accusation portant mon nom ... A tâtons, ma main cherche le document, le prend... je me lève et me mets moi aussi en route. Serait-ce enfin l’heure ? Serait-ce enfin le jour du Grand Pardon ?

Tous nos pardons offerts et reçus sont déjà signes du Royaume promis ... Tous les pardons accordés et reçus jusqu’ici le long de mon chemin de vie attendaient, appelaient et espéraient celui-là. Tous étaient signes et reflets annonçant un geste unique, plus grand, qui serait le véritable seuil des temps nouveaux, la preuve que tout est enfin accompli …

J’avance dans les pas de ceux qui me précèdent. A mon tour mon regard croise celui du Christ et je lis dans ses yeux ce que j’avais tellement peur de ne pas y trouver … *c’est aussi pour toi que je suis là, tu as toute ta place dans ce cortège, n’aie pas peur!* …

Un à un, chacun dépose au pied de la croix l’acte judiciaire qui le condamne. Chacun laisse le sang de l’innocent venir en recouvrir les verdicts, couvrir pour toujours sa misère …

 

Il fait encore nuit quand je m’éveille ce matin de Pâques. Je me sens encore tellement, de tous mes sens, dans le rêve qui a habité et animé mon dernier sommeil. Je m’habille et je me rends comme chaque année sur la place de l’Eglise. Là, quelques personnes sont rassemblées autour d’un feu … je prends place dans le cercle, me laisse réchauffer et éclairer par la danse des flammes.

C’est là que j’entends la lecture biblique du récit de la Résurrection du Crucifié. Les mots viennent tout naturellement se déposer dans les images encore vives de mon rêve ...

Mes yeux s’habituent peu à peu à la lumière, assez pour voir la croix et le tombeau vides, entièrement vides. Seules les tables de Moïse et les actes d’accusation des pèlerins sont encore là, cachés sous le sang, illisibles, inoffensifs. 

Le Corps du Christ n’est plus là, il est ressuscité, il est venu actualiser le pardon pour chacun … tout est vraiment accompli…

La lecture est terminée … il fait jour … je me tourne vers mon voisin et lui dis : *Vraiment, cet homme était Fils de Dieu !*

 

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu

La mort et la résurrection de Jésus

Marc 15.14 à 39

(…) Pilate fait frapper Jésus à coups de fouet, puis il le livre aux soldats pour qu'ils le clouent sur une croix. 

Les soldats amènent Jésus à l'intérieur de la cour, c'est-à-dire dans le palais du gouverneur, et ils appellent toute la troupe. Pour se moquer de Jésus, ils lui mettent un vêtement en beau tissu rouge. Ils tressent une couronne avec des branches épineuses et ils la posent sur sa tête. Ils se mettent à le saluer en lui disant : *Salut, roi des Juifs !* Ils le frappent sur la tête avec un roseau et ils crachent sur lui. Ils se mettent à genoux pour s'incliner jusqu'à terre devant lui. Quand ils ont fini de se moquer de lui, ils lui enlèvent le vêtement rouge et ils lui remettent ses habits. Ensuite, ils l'emmènent dehors pour le clouer sur une croix. 

Un homme de Cyrène, appelé Simon, le père d'Alexandre et de Rufus, passe par là en revenant des champs. Les soldats l'obligent à porter la croix de Jésus. Ils conduisent Jésus à un endroit appelé Golgotha, ce qui veut dire *Le lieu du Crâne*. Ils veulent lui faire boire du vin mélangé avec de la myrrhe. Mais Jésus n'en prend pas. 

Ensuite, les soldats le clouent sur une croix. Ils tirent au sort pour savoir qui aura ses vêtements, puis ils les partagent entre eux. Il est neuf heures du matin quand ils le clouent sur la croix. Il y a une pancarte qui indique pourquoi Jésus est condamné. Dessus, on a écrit : *Le roi des Juifs*. Les soldats clouent aussi deux bandits sur des croix, à côté de Jésus : l'un à sa droite et l'autre à sa gauche. 

Les gens qui passent par là secouent la tête et ils insultent Jésus en disant : *Eh ! Tu voulais détruire le temple et le reconstruire en trois jours ! Eh bien, sauve-toi toi-même en descendant de la croix !* 

De même, les chefs des prêtres et les maîtres de la loi se moquent de Jésus. Et ils se disent entre eux : *Il a sauvé les autres, mais il ne peut pas se sauver lui-même ! 

Maintenant, le Messie, le roi d'Israël, n'a qu'à descendre de la croix ! Si nous voyons cela, alors nous croirons en lui !* Et ceux qu'on a cloués sur des croix à côté de Jésus l'insultent aussi. 

À midi, il fait nuit dans tout le pays, jusqu'à trois heures de l'après-midi. À trois heures, Jésus crie d'une voix forte : *Éloï, Éloï, lema sabaktani ?* Cela veut dire : *Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?* 

Parmi ceux qui sont là, certains l'entendent et disent : *Il appelle Élie !* L'un d'eux part en courant. Il trempe une éponge dans du vinaigre. Il met l'éponge au bout d'un roseau et la présente à Jésus pour qu'il boive. Il dit : *Attendez ! Nous allons voir si Élie vient le descendre de la croix !* Mais Jésus pousse un grand cri et il meurt. 

Le grand rideau qui est dans le temple se déchire en deux morceaux, depuis le haut jusqu'en bas. L'officier romain qui est en face de Jésus voit comment il est mort et il dit : *Vraiment, cet homme était Fils de Dieu !* 

Marc 16.5 à 7

Les femmes entrent dans la tombe, elles voient un jeune homme, assis à droite, en vêtement blanc. Alors elles sont effrayées. 

Mais il leur dit : *N'ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qu'on a cloué sur une croix. Il s'est réveillé de la mort, il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait mis. Maintenant, allez dire à Pierre et aux autres disciples : “Jésus vous attend en Galilée. Vous le verrez là-bas, comme il vous l'a dit.” *