Il est là, au bord du chemin, assis dans la poussière. Les bas-côtés, il connaît … depuis le temps, il ne connaît même plus que ça, lui, le lépreux. Là, jeté au fond de la marge sociale, il n’est même plus regardé comme un homme malade, il est la maladie… repoussante, terrorisante. Elle est devenue comme un prénom qui le raconte, une identité qu’il décline d’un coup de crécelle, d’un tintement de clochette ou du mot *impur* qu’il se doit de crier chaque fois que quelqu’un s’approche de sa vie de souffrance. 

Alors les gens se détournent et à chaque fois, c’est comme si on le poussait un peu plus dehors, un peu plus loin, vers le trop loin d’où il n’aura plus la force de revenir … il est l’impur, il sème la peur, il sent la mort, … aucun chemin ne mène plus vers lui, aucun regard, aucun geste ne l’espère jamais … Il est comme ça, le monde de ses jours, le monde de ses pensées, des aubes aux crépuscules, des crépuscules aux aubes …

Quand Jésus, le Pur, Jésus l’Espérance croise sa route, il n’hésite pas …. Il ose, il s’approche et expose sa prière de banni devant le cœur de Celui qui vient. 

- Si tu le veux, tu peux me guérir !

Il y a tout de lui dans ce cri, toute son histoire, toute sa solitude, tout son désespoir, toutes ses peurs, ses humiliations, toutes les injustices qu’il a supportées et … il y a son dernier élan, sa dernière chance, sa dernière foi …

 

Le Christ ne recule pas, ne fuit pas. Il tend la main, le touche et l’impur en est profondément … touché ! Le Ciel se déchire, la muraille des impossibles s’effondre, le Messie montre qu’il veut l’homme guéri, relevé, rencontré… que c’est pour ça qu’il est venu visiter le fond des marges, les vallées de larmes, les solitudes hurlantes, les histoires qui font peur. Son cœur, son bras, sa main ne sont pas trop courts pour aller jusque-là … Il vient rendre l’homme à sa vie, il vient rendre à l’homme le droit de monter au Temple, le droit de voir des chemins s’ouvrir, le droit de relever les yeux… 

Le guéri ne peut pas taire cette renaissance, c’est trop grand, trop fort, trop inespéré … Il a tellement soif de vivre, de parler, de toucher qu’il raconte, peut-être un peu aussi pour être sûr de ne pas avoir rêvé… Il déborde, submerge, envahit par son trop-plein de bonheur … Il en fait tellement que Jésus lui-même ne trouve plus d’espace possible pour entrer dans une ville …

Jésus? il est désormais repoussé sur le bas-côté, dans la marge… Échange de places qui en dit long … Le Messie, l’Envoyé s’installe dans la marge, s’assied dans la poussière et le désert devient jardin fécond, la terre de malédiction est rachetée, rendue à la fertilité, à la rencontre, *re-sourcée*. 

 

Alors un à un, d’un élan, des hommes et des femmes vont oser sortir de la ville et rejoindre ces bas-côtés vivifiés… Curieux cortège de clochettes et de crécelles qui vient là se faire guérir, parce que c’est dans les profondeurs de la marge que se *trouve* le Sauveur. C’est là qu’ils rencontrent celui qui purifie, parce que c’est là qu’on peut secouer ses poussières, montrer ses mochetés sans faux-semblants … et chacun de venir avec sa lèpre, ses blessures, ses solitudes, ses trahisons, ses laideurs, ses ratés, ses impuretés, ce qu’il peut enfin laisser paraître dans le tintement de sa clochette, dans le son égrené de sa crécelle … chacun choisit le rendez-vous de la marge pour dire son espérance, exposer sa prière : *si tu le veux, tu peux me guérir*, chacun s’ouvre avec confiance pour accueillir son *je le veux, sois guéri*.

 

Ce jour-là, beaucoup de masques ont été déposés là, en dehors de la ville, sur la terre des lépreux. Beaucoup sont revenus en ville rendus à la vie, la vraie. Beaucoup savent encore tout ce qu’ils ont laissé au fond de la marge, tout ce qu’ils ont abandonné entre les mains du tout Autre, du Sauveur, de l’Ami qui est venu. 

Ce jour-là, tant de visages se sont ouverts, se sont éclairés d’un sourire vrai, juste là, au fond de la marge… 

 

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu

Jésus guérit un lépreux

Marc 1.40 à 45

Un lépreux s'approche de Jésus. Il se met à genoux devant lui et lui demande son aide en disant : *Si tu le veux, tu peux me guérir.* Jésus est plein de pitié pour lui. Il tend la main, touche le lépreux et lui dit : *Je le veux, sois guéri.*. Aussitôt la lèpre quitte le malade, il est guéri. 

Jésus parle sévèrement à l'homme. Aussitôt après, il le chasse en lui disant : *Attention, ne dis rien à personne ! Mais va te montrer au prêtre et offre le sacrifice que Moïse a commandé. Ainsi, tous auront la preuve que tu es guéri* L'homme s'en va, mais il se met à raconter partout, et à tout le monde, ce qui s'est passé. C'est pourquoi Jésus ne peut plus se montrer dans une ville, il reste en dehors, dans des endroits déserts. Et les gens viennent à lui de tous les côtés. 

 

Le Serviteur Souffrant

Esaïe 53. 2 à 5 

Devant le SEIGNEUR, le serviteur a grandi comme une petite plante, comme une racine qui sort d'une terre sèche. Il n'avait ni la beauté ni le prestige qui attirent les regards.

Son apparence n'avait rien pour nous plaire.

Tout le monde le méprisait et l'évitait.

C'était un homme qui souffrait, habitué à la douleur.

Il était comme quelqu'un que personne ne veut regarder.

Nous le méprisions, nous le comptions pour rien.

 

Pourtant, ce sont nos maladies qu'il supportait, c'est de notre souffrance qu'il s'était chargé. Et nous, nous pensions : c'est Dieu qui le punit de cette façon, c'est Dieu qui le frappe et l'abaisse.

Mais il était blessé à cause de nos fautes, il était écrasé à cause de nos péchés.

La punition qui nous donne la paix est tombée sur lui.

Et c'est par ses blessures que nous sommes guéris.