Le collège est silencieux, le jour qui commence ressemble encore à une étendue de neige fraîche, vierge de toute empreinte, rideau tiré sur les traces de la veille, feuille blanche en attente de *desseins* à inventer. 

L'homme est déjà là, assis à son pupitre, penché sur quelques livres ouverts devant lui... il prépare sa journée et celle de ses élèves. L'horloge de sa carrière a sonné l'heure de la retraite, alors il savoure une fois encore ces instants aimés *avant que tout commence*. Il aime la densité du calme quand il précède les premiers tourbillons de vie, il se délecte sans se lasser du miracle d'un matin, quand une fragile lueur naissante suffit à faire reculer la plus sombre des nuits … Ce signe fidèle et quotidien lui rappelle que tout au bout du temps, c’est bien un *jour* nouveau qui se lèvera sur la terre … une aube d’éternité que chaque aurore promet déjà, une aube sans soir pour l'éteindre.

Il sourit parce que *la lumière finit toujours par l'emporter* et qu'il aime les phrases qui ont plusieurs profondeurs. Ce même sourire lui fait lever les yeux en une prière spontanée: *Que cette lumière-accueil, cette chaude lumière-espérance, cette lumière-signe-et-promesse soit aujourd’hui dans ce lieu, qu’elle soit joie et abri pour chaque enfant qui franchira ce seuil avec son sac, son regard et son coeur remplis de toute sa vie…*

Ce matin, il doit remplacer une collègue malade... au menu: cours de sciences... pas vraiment sa spécialité, pas vraiment son domaine de compétences, mais ce genre d'aventure *au pied levé* est relativement fréquent dans la vie d'une école. Alors il feuillette, il lit, il se documente, il cherche, il s'efforce d'organiser ce qu'il sait, ce qu'il récolte, ce qu'il apprend pour pouvoir le redonner avec des mots simples, en y faisant vivre ce qui l'a touché, intéressé, en y faisant briller les pépites de ses propres découvertes ... Il aime particulièrement enseigner quand il y a un trésor, une surprise, une trouvaille, un mystère à ouvrir au bout du chemin …

Sa mission du jour: parler aux élèves de ce qui se passe à partir du moment où une feuille tombe de l'arbre, présenter tout le cortège des décomposeurs au travail, bref ... raconter l'épopée d'une feuille en hiver ... 

 

Assis à son pupitre, l'homme se rend compte qu'il est déjà lui-même complètement emmené dans l'aventure ... Impossible d'évoquer la vie de la nature sans voir s'éveiller en même temps des merveilles sur la nature de la vie ... Ses recherches, d'abord très livresques, très intellectuelles et académiques ouvrent petit à petit ses yeux et son coeur ... Bon, c'est vrai qu'au début, l'automne, la feuille morte, sa propre retraite, les murmures des histoires qui s’entremêlent... oui, c'est vrai que ce petit moment d'entrée en réflexion l'a d'abord rendu un peu mélancolique. Mais il a continué à lire, à apprendre et le chemin du chercheur l'a mené jusqu'à la perle ... 

 

En suivant le cycle de la nature, il (re)découvre que la feuille est non seulement revêtue de ses plus belles couleurs juste avant de tirer sa révérence (il aime particulièrement la tendresse de ce clin d’œil !), mais qu'en plus, tout le chapitre de sa vie qui s’écrit maintenant dans l'ombre, dès qu’elle laisse sa place, l'amène au fil de l’hiver à devenir engrais pour les jeunes feuilles du prochain printemps. 

Les pensées de l’homme s’évadent, inventent des chemins vers plus loin … ce plus loin, c’est le retour au centre du don de soi, le tout début d’un lâcher prise, le temps du replacement d’un essentiel, l’amorce du déclin du pouvoir et surtout du besoin d’apparaître et de paraître… c’est quand les projecteurs s’inclinent enfin devant La lumière …

 

Oui, il y a un *mais* heureux, profondément espérant dans l’histoire de la feuille morte! La feuille qui s’en va de l’arbre, ce n'est pas la fin de l'histoire, oh non ! c'est juste le chemin tracé par le Créateur pour l’amener à sortir du récit de manière féconde...

- Tiens tiens, murmure-t-il pour lui-même, pas si morte que ça, la feuille morte!! ou alors morte d'une mort qui *donne en vie*!! 

 

Là, penché sur ses livres, il sent quelque chose se réchauffer en lui, il sent un reflet, une envie revenir dans son regard. 

- Tu vas faire quoi à ta retraite? Tu vas faire quoi de ta retraite?

 

Il s'arrête, écoute, fait silence en lui. L'instant est d'importance, il se prolonge un peu ... Puis l’homme se tourne et prend une feuille blanche dans le casier en plastique rouge derrière son pupitre. Il y écrit sa réponse comme une prière du coeur: *J'aimerais moi aussi que toute ma vie comme elle a été soit accueillie, pardonnée, transformée et soit rendue en engrais pour les générations suivantes, j'aimerais moi aussi donner ce que je suis, ce que j'ai reçu, ce que j'ai été pour les aider, les encourager à trouver et prendre la place qui est maintenant la leur ... J'aimerais que la suite de ma vie annonce qu'une histoire d’automne, d’hiver, de tombeau peut se récrire, se relire à l’infini en histoire de berceau... de multiples berceaux, de naissances ou renaissances multipliées...

 

Noël est encore si proche … Noël, le printemps déjà dans l'hiver, la lueur déjà dans la nuit, l’arbre entier déjà dans le fragile rameau...

Un seul, le Christ, Jésus de Nazareth est né avec l’autorisation et le pouvoir du Premier de Cordée d’un peuple nouveau. Sa seule naissance est vrai signe et promesse à laquelle se rattache toute naissance ou renaissance de portée éternelle. Un seul, le Christ, Jésus est mort et ressuscité d’une mort qui donne la Vie, un seul a été fait engrais parfait pour que la foi de chacun puisse s’enraciner, grandir *en Lui*, puiser toute la Vie en son humus… Quant à l’homme, il est invité à marcher à la suite de son Pionnier, dans sa lumière, en semant sur ses sentiers des reflets qui ramènent, rendent la gloire entière à son Dieu.

 

Ce matin-là, en classe, le prof et ses élèves ont partagé un peu plus qu'une leçon de sciences... ils se sont approchés du sens profond de la vie, de la grande biologie ...

 

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu

Ecclésiaste: rien de nouveau, … vraiment ?

Ecclésiaste 1.4

Une génération passe, une génération naît et le monde est toujours là.

Ecclésiaste 3.20

Toute vie finit de la même manière : tous les êtres vivants viennent de la terre qui les a formés, et tous retournent à la terre

 

Evangile de Jean: tombeau ou berceau ?

Evangile de Jean 12.20 à 26

Quelques Grecs aussi sont venus à Jérusalem, pour adorer Dieu pendant la fête. Ils s'approchent de Philippe, qui est du village de Bethsaïda, en Galilée, et ils lui demandent : *Nous voulons voir Jésus.*

Philippe va le dire à André, ensuite, tous les deux vont le dire à Jésus.

Jésus leur répond : *Maintenant, c'est le moment où le Fils de l'homme va recevoir de Dieu la gloire. Oui, je vous le dis, c'est la vérité : le grain de blé tombé dans la terre doit mourir, sinon, il reste seul. Mais s'il meurt, il donne beaucoup de grains. Celui qui aime sa vie la perdra. Mais si quelqu'un aime Dieu plus que sa vie dans ce monde, cette personne gardera sa vie et elle vivra avec Dieu pour toujours. Celui qui veut me servir doit me suivre, et mon serviteur sera là où je suis. Mon Père récompensera celui qui me servira.*