Il ne s'était jamais senti aussi loin de lui-même, il ne se reconnaissait plus. Comment avait-il pu en arriver là, lui qui était depuis sa naissance un privilégié, quelqu'un qui avait simplement *tout pour bien faire*, tout pour réussir sa vie? Existait-il quelque part une réponse satisfaisante à cette question? … c’était une toute autre question !!

Il refit une énième fois défiler devant ses yeux le cortège de choix et de non-choix, de courages et de lâchetés, d’affrontements résolus et de fuites honteuses qui racontaient plus ou moins bien son histoire. Il se vit un peu partout funambule au pas incertain, cherchant au quotidien un passage possible entre ses rêves et ses réalités. 

Il se souvint de tout ce qui lui avait été promis comme bénédictions, victoires, bonheurs, ouvertures intérieures, destinée féconde et saluée. Lui-même s’était d’ailleurs aussi largement nourri de tout ça, dorloté dans ces douceurs ouatées. Il ricana avec amertume: c’est si loin, si loin vu de son aujourd’hui … Espérance giflée, espérance flétrie, désespérance dissonante … Une fois encore, il porta la bouteille à ses lèvres, but une bonne rasade et laissa à la vague d’alcool le soin de lui réchauffer le cœur, le soin de répondre, le soin de prendre soin... juste un moment volé hors de sa prison glacée, juste une petite anesthésie éphémère... juste une gorgée pour y croire à nouveau un instant. Lui qui avait tant médité, tant écouté et annoncé les perfections du projet éternel de Dieu se voyait opter tragiquement et misérablement pour des solutions immédiates et trompeuses. Quelle déchéance !! Mais il choisit quand même de boire encore une gorgée d’apaisement, même factice, même illusoire, simplement pour sentir que quelque chose pouvait encore changer sa solitude ultime, le réchauffer *dedans*.

Au fond de son exil, peu d’alternatives … soit il rangeait une fois pour toutes sa foi fragile, malade, tordue et vacillante parmi les supercheries, les rêveries et les fables, soit il criait du fond de ses tripes, il criait à s’en faire mal avec l’ultime espoir que ce mal-là pouvait être douleur de re-naissance, pouvait enfanter la Vie.

Au fond de lui, tout au fond, un reste lui murmurait encore et toujours, encore et malgré tout que c’était bien là le chemin de la Source qui accueillerait et soignerait sa soif fondamentale … 

Mais à ce moment de l’histoire, il n’avait même plus en lui la force du cri… Même ça, il lui fallait la quémander. C’était peut-être ça la différence vitale et salutaire avec tous les efforts sans lendemain qu’il avait déjà consentis pour s’en sortir… cette fois, ce serait par la force d’un Autre … ou ce ne serait pas !

*Seigneur, souviens-toi, rappelle-toi d’être toi !*. Ce furent ses seuls mots, le petit rien que son cœur entrouvert put déposer devant la Source… Ce qu’il perçut dans le chant du ruissellement vital fut si ténu : *Viens, approche, tout près, tout près de la Source Vive, ose aube après aube le geste fragile qui vient, qui puise ici le courage de dépendre, le courage de l’heureuse dépendance, de la dépendance libre … et tu verras, tu me verras*. 

Bouleversé par tant dans si peu, l’homme sut tout simplement qu’une nouvelle histoire commençait là. Lui qui avait toujours été écrasé à l’idée de confesser ses errements eut soudain envie, profondément envie de se montrer comme il était vraiment, avec ses noirceurs, devant cette Source d’Amour, d’accueil, de pardon, de relèvement … Le retour du long exil vers la terre promise, la terre des promesses certaines venait de commencer … L’Eternel s’était souvenu de lui !

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu

Néhémie 1.1 à 9 :  Seigneur, souviens-toi !

Récit de Néhémie, fils de Hakalia. La vingtième année où Artaxerxès est roi de Perse, pendant le mois de Kisleu, moi, Néhémie, j'habite dans la citadelle de Suse.

Néhémie reçoit des nouvelles de Jérusalem.

Un de mes frères juifs, Hanani, arrive de la province de Juda avec quelques hommes. Je leur pose des questions sur les Juifs restés en vie après la déportation et sur la ville de Jérusalem. 

Ils me répondent : *Les anciens exilés habitent dans la province de Juda, mais ils vivent dans une grande misère et dans la honte. Il y a des trous dans le mur qui entoure Jérusalem, et les portes de la ville ont été brûlées.* 

En entendant ces paroles, je m'assois et je pleure. Pendant plusieurs jours, je reste dans une profonde tristesse et je jeûne. Je me mets à prier le Dieu qui est au ciel 

et je lui dis : *Ah ! SEIGNEUR Dieu qui es au ciel, Dieu grand et terrible ! Tu gardes ton alliance avec ceux qui obéissent à tes commandements, tu restes fidèle à ceux qui t'aiment. 

Écoute-moi attentivement et tourne tes yeux vers moi. Écoute maintenant la prière que je t'adresse, moi, ton serviteur. Jour et nuit, je suis en prière devant toi, pour nous, les Israélites, tes serviteurs. Je reconnais les péchés que nous avons commis envers toi. Oui, moi et mes ancêtres, nous avons péché. 

Nous avons vraiment mal agi envers toi. Nous n'avons pas obéi aux commandements, aux lois et aux règles que tu nous as donnés par ton serviteur Moïse. 

Souviens-toi pourtant de ces paroles que Moïse nous a dites de ta part : *Si vous n'êtes pas fidèles envers moi, je vous chasserai un peu partout parmi les autres peuples. 

Mais si plus tard, vous revenez à moi, si vous obéissez à mes commandements, si vous les respectez, je vous rassemblerai. Même si vous êtes en exil au bout du monde, je vous ramènerai à l'endroit que j'ai choisi pour montrer ma présence.*

Groupe Signature: Sous nos plumes / Collection *un reflet dans le regard* 2018-2019