Pour aller au pressoir, il faut faire le tour de la maison et descendre ensuite le petit escalier de pierre. Il est là en bas, creusé dans le rocher, bien à l’abri, bien à l’écart. L’homme s’y est installé pour battre le grain, prendre soin de la modeste récolte du petit domaine familial … Bien sûr, d’habitude on fait ça sur la place près de la maison, exposé à tous les vents qui aident à la tâche en triant entre bale et grain … mais aujourd’hui, c’est vraiment trop risqué… une bande de pillards harcèle et dépouille depuis trop longtemps déjà les habitants de la région, se servant chez eux, se servant d’eux pour s’enrichir, pour parader drapés dans leur gloire facile… Ainsi sont les faux puissants, les faux brillants qui doivent prendre aux petits ce qui nourrit leur grandeur… Où sont les délivrances, les miracles du passé ? Que fait Dieu dans son ciel ?

Pendant que l’homme travaille, ses pensées l’emmènent: 

  • C’est bien plus que les sacs de la récolte qui s’en vont injustement, qui nous sont soufflés saison après saison… le pire du pire, c’est la balafre intérieure qui reste après… Le vol du travail de nos mains, le vol de notre pain pour demain, le viol de notre regard sur nous, le viol de notre estime, de notre dignité. Alors oui, c’est vrai, quand l’autre est trop fort, quand l’autre y va trop fort, quand l’autre fait trop peur, quand l’autre s’acharne, revient et revient où ça fait mal, le pressoir devient refuge, asile, coquille protectrice, lieu où préserver un reste d’espérance pour traverser les jours à défaut de les vivre … oui, je suis vraiment trop petit, trop faible pour faire face aux bourrasques de mon aujourd’hui, me dresser contre les géants qui pillent nos intérieurs, trop petit pour changer le monde … on a tous notre pressoir, notre asile intérieur, notre petit coin de solitude ultime… *Dieu merci* pour les murs protecteurs de mon pressoir, merci pour le refuge caché, merci pour ce petit reste bien à moi …

C’est pourtant là, au fond du pressoir que le murmure de Dieu vient le trouver simplement parce que Dieu sait où le chercher. 

Murmure de Dieu:

  • Je suis là tout près pour te relever, pour te rendre à ta vie… Je suis là tout près pour être moi-même les murs sûrs de ton pressoir, pour t’habiller et t’habiter de mon Souffle souverain qui fait refluer les vents arrogants des brasseurs d’air prétentieux … je suis la brise que toute tornade du monde doit tôt ou tard reconnaître et confesser … c’est moi qui suis ta grandeur, qui cautionne ta signature *à l’ancre* de la mienne et c’est avec ce regard que je lis ta vie, avec cette tendresse que je prends soin de toi, que je te donne un projet pour y écrire tes demains … Je suis celui qui veut être la Vérité de tes discours intérieurs, la Lumière de ton regard sur toi, celui qui veille à protéger et défendre la pleine beauté de mon geste quand je t’ai voulu comme tu es .. Va et entre dans la grandeur de ta vocation, pas parce que tu es grand, mais parce que je suis grand en toi…

L’homme, ému se redressa et remonta lentement les marches de pierre vers la vie. Il contourna la maison et fit quelques pas sur le chemin qui mène au village. Le monde n’avait pas changé, mais il avait le coeur un peu plus chaud …

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu 

Juges 6.11 à 16: Va et délivre Israël

L'ange du SEIGNEUR vient au village d'Ofra. Il s'assoit sous l'arbre sacré qui appartient à Yoach, du clan d'Abiézer. Gédéon, le fils de Yoach, est en train de battre le blé là où d'habitude on écrase le raisin. Ainsi les Madianites ne peuvent pas le voir.

L'ange du SEIGNEUR se montre à Gédéon et lui dit : *Le SEIGNEUR est avec toi, combattant courageux !*

Gédéon répond : *Pardon, mon seigneur ! Si le SEIGNEUR est avec nous, pourquoi est-ce que nous sommes si malheureux ? Nos ancêtres nous ont raconté les actions extraordinaires que le SEIGNEUR a faites au moment de la sortie d'Égypte. Où sont donc ces actions ? Maintenant, le SEIGNEUR nous a abandonnés, il nous a livrés aux Madianites.*

Le SEIGNEUR se tourne vers Gédéon et lui dit : *Avec la force que tu as, va délivrer Israël des Madianites ! Oui, c'est moi qui t'envoie.*

Gédéon répond : *Seigneur, pardon ! Comment est-ce que je peux délivrer Israël ? Mon clan est le plus faible de la tribu de Manassé. Et moi, je suis le plus jeune de ma famille.*

Le SEIGNEUR lui répond : *Je serai avec toi, et tu battras les Madianites comme un seul homme.*

Collection « un reflet dans le regard » 2018-2019