Le peuple de Dieu s’avance en plein désert comme un troupeau de vies déjà sacrifiées, de vies abandonnées à la désespérance d’un paysage qui semble simplement les avoir devancés dans la mort… Pourquoi chercher la force d’avancer vers le pire, la force d’avoir envie, la force de dépasser le cri de colère, de révolte? Il y a des jours comme ça, des jours où trop, c’est vraiment trop!… 

Oui, il y a des jours comme ça, des jours traversés dans les solitudes hurlantes, des jours desséchants, stériles, pleins de faims et de soifs qui ne s’apaisent pas, des jours où même les plus sombres pages du passé se réécrivent en mirages exquis et appellent au retour en arrière … *Ah! l’Egypte et ses marmites de viande, l’Egypte riche et vivante, c’était autre chose que ce désert qui sent la mort! Ah! si tout pouvait redevenir comme avant au lieu de toujours s’obstiner à devenir comme après … Non, Dieu, on n’en veut pas de ton exode, de ta délivrance, on n’en veut pas de ton salut, on n’en veut pas de ton demain, pas comme ça …*

Pas à pas, le cortège s’avance dans un nuage de poussière qui râpe la gorge… peuple de survivants à moitié assommés par la frappe lourde du soleil des jours, transpercés par le vent glacial des nuits d’ici. Les gémissements et les pleurs des enfants s’élèvent comme un chant tragique jeté vers un ciel vide et muet. Personne pour entendre ça … comme s’il fallait que chacun, du plus petit au plus grand, vive la solitude et la détresse jusqu’au bout, épuise son regard et son soupir à chercher un petit reste d’espérance introuvable, comme s’il fallait que chacun aille parcourir encore et encore, en long et en large ses profondeurs ultimes, que chacun dise son *non* jusqu’à ses horizons, vide son *non* comme on vide son sac pour pouvoir enfin renaître à un possible *oui* …

Il est pourtant là le rendez-vous essentiel, le cadeau né dans la douleur. Il est là l’événement du salut, au coeur de ce dépouillement total, au fond de l’errance, dans le geste qui amène enfin l’homme à se laisser tourner vers le ciel, là où il faut regarder, soupirer, là où Dieu va se montrer … quand la mort des espérances d’en-bas permet au reflet de Dieu de venir habiter le regard, d’éclairer et de réchauffer le coeur, quand une chose d’en-haut déchire le ciel et descend de là pour rassasier la terre affamée … et Dieu ouvrit son ciel, sa main et donna la manne, le pain du ciel, toute la saveur de son là-bas comme sa réponse aux larmes d’ici … Là, en plein désert, la mort rend une première fois les armes devant la visite du Vivant … c’est l’aube, l’heure de la manne du jour, l’heure de la prière:

*Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour… Parce que tu es amour, ressemble-toi pour nous et déchire encore notre ciel matin après matin en descendant partager nos chemins de désert. Ranime nos paysages désolés, invente pour nous des oasis comme des sourires que tu sèmes le long de notre sentier pèlerin. Rassasie-nous de ce qui apaise nos faims ultimes. Père, viens encore au bout de nos dépouillements, là où notre terre est enfin prête à élancer ses pousses vers ton ciel. Fais-nous voir l’invisible, un peu de ta terre promise, du pays de la foi, ce pays des choses que l’on espère, des choses qui sont mais qu’on ne peut encore que saluer de loin … nourris-nous de ces renversements merveilleux qui te disent profondément. Fais-nous vivre … et nous vivrons. Amen*

Un pas de plus: invitation à rencontrer la Parole de Dieu 

Exode 16.1-18: Dieu nourrit son peuple: 

Les Israélites partent d'Élim. Le deuxième mois après la sortie d'Égypte, le 15 du mois, toute la communauté d'Israël arrive au désert de Sin. Celui-ci est situé entre Élim et le mont Sinaï. Là, dans le désert, toute la communauté d'Israël parle contre Moïse et Aaron. 

Ils disent : *Le SEIGNEUR aurait dû nous faire mourir en Égypte. Là-bas, nous étions assis près de nos marmites pleines de viande et nous avions assez à manger. Mais vous nous avez fait venir dans ce désert pour nous laisser tous mourir de faim !*

Le SEIGNEUR dit à Moïse : *Pour vous, je vais faire pleuvoir de la nourriture du haut du ciel. Chaque jour, les gens sortiront du camp. Ils ramasseront ce qu'il faut pour une journée. Ainsi, je verrai ce que vous valez et je saurai si vous suivez ma loi, oui ou non. Le sixième jour, quand vous préparerez ce que vous aurez rapporté, il y en aura deux fois plus que les autres jours.*

Moïse et Aaron disent à tous les Israélites : *Ce soir, vous saurez que c'est le SEIGNEUR qui vous a fait sortir d’Égypte. Et demain matin, vous verrez sa gloire, car il vous a entendus parler contre lui. Vous parlez contre nous, pourquoi donc ? Nous, nous ne sommes pas importants.* Puis Moïse continue : *Vous verrez que c'est le SEIGNEUR, quand il vous donnera de la viande à manger, le soir, et tout le pain que vous voulez, le matin. Oui, le SEIGNEUR vous a entendus parler contre lui. Nous, nous ne sommes pas importants. Ce n'est pas contre nous que vous avez parlé, c'est bien contre le SEIGNEUR.*

Ensuite, Moïse dit à Aaron : *Le SEIGNEUR a entendu toute la communauté d'Israël parler contre lui. Dis-leur de venir devant lui !*

Aaron parle à toute la communauté. Pendant ce temps, les Israélites regardent dans la direction du désert. Tout à coup, ils voient la gloire du SEIGNEUR dans le nuage de fumée.

Le SEIGNEUR dit à Moïse : *J'ai entendu les Israélites parler contre moi. Tu leur diras : “Ce soir, vous mangerez de la viande, et demain matin, vous aurez tout le pain que vous voulez. Ainsi, vous saurez que le SEIGNEUR votre Dieu, c'est moi.”*

Le soir, des cailles arrivent et elles se posent sur tout le camp. Le matin, le sol est mouillé tout autour du camp. Quand le sol redevient sec, des petits grains blancs, très fins, restent par terre. Les Israélites regardent et se disent entre eux : *Qu'est-ce que c'est ?* En effet, ils ne savent pas ce que c'est. Mais Moïse leur dit : *C'est le pain que le SEIGNEUR vous donne à manger. Voici ce que le SEIGNEUR commande : “Chacun doit ramasser ce qui lui est nécessaire. Prenez-en à peu près une mesure par personne. Tenez compte du nombre de personnes qui vivent dans la même tente.”* 

Evangile de Jean ch 6.33 à 35 - Le pain de vie

Jésus dit : *Oui, le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.*

Alors les gens disent à Jésus : *Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là !*

Jésus leur répond : *Le pain qui donne la vie, c'est moi. Si quelqu'un vient à moi, il n'aura jamais faim. S'il croit en moi, il n'aura jamais soif.*

Collection « un reflet dans le regard » 2018-2019