Il était une fois… oui, comme toutes les histoires… il était une fois un royaume. Dans ce royaume, vivaient des gens doux, aimables, gentils mais… vides. 

Il y avait un vide dans leur cœur, un vide tellement grand que parfois, ça faisait courant d’air! Ils avaient essayé de le remplir avec tant de choses déjà… mais rien n’y faisait. C’était comme si rien n’avait la forme de leur vide, si rien ne pouvait tenir le froid dehors.

Alors, tout le royaume attendait… il attendait quelque chose, mais il ne savait pas quoi. Il attendait comme un immense soupir qui ne soulage pas, comme un quai de gare trop long, comme quand l’heure dépasse le rendez-vous espéré et laisse seul…

Oh, il y avait bien un roi dans ce royaume… un vrai courant d’air lui aussi. On ne le voyait jamais ! C’est qu’il n’osait plus se montrer, il n’osait plus regarder ses sujets… parce qu’alors son vide en lui s’ouvrait encore plus grand, comme un gouffre sifflant qui venait serrer sa gorge. Il ouvrait ses larges mains et les regardait avec lassitude… rien, il n’avait rien qu’il puisse offrir pour remplir ces cœurs… il aurait tant aimé pourtant.

Un jour de lassitude, alors qu’il avait fait se perdre ses yeux dans l’horizon, il y eut comme un petit vent chaud qui vint le rejoindre, comme une plume douce… Cela faisait si longtemps que ça ne lui était pas arrivé qu’il ne la reconnût pas toute suite… une idée! En douceur elle descendit jusqu’à son cœur et le fit battre plus fort, plus fort! Il prit la plume et écrivit l’idée sur un papier royal, puis le ferma d’un sceau de cire…

Il fit ensuite appeler son crieur. Le pauvre homme n’avait plus eu à clamer quoi que ce soit depuis bien longtemps et avait presque perdu sa voix dans ce silence… il arriva, le dos courbé. Mais quand le roi lui tendit le parchemin, la lueur qui brillait dans les yeux du souverain le remit debout et il passa sa journée à faire des vocalises, à boire des tisanes de miel pour être *en voix* pour l’aube du jour suivant!

A la première heure, le crieur s’installa sur la place centrale, se racla la gorge et clama son *oyez, oyez* avec force et assurance. Les fenêtres s’ouvrirent peu à peu, les gens sortirent des maisons, se frottant les yeux et les oreilles pour être sûrs qu’ils ne rêvaient pas… mais, non, le crieur du roi était là, un parchemin entre les mains! Ca alors…

*Oyez! Par la présente moi, votre roi, vous informe que je désire trouver un homme qui sera mon conseiller, mon bras droit, pour m’aider à chercher ce qui s’est perdu au fil des années, laissant ce terrible courant d’air. Pour ce faire, je propose un défi à qui pourra le relever: qui sera capable de remplir entièrement une des trois chambres vides de mon palais? Tous les moyens nécessaires seront mis à disposition.

Je convie chaque personne intéressée à se rendre dans ma cour demain à l’aube. Signé, Sa majesté le roi.*

Le crieur regarda satisfait ce que son message avait provoqué… des yeux ouverts et brillants, des regards pleins de curiosité… et puis, des murmures, des chuchotements, des débuts de *et si?* suspendus dans l’air, comme des bulles qu’on pouvait presque toucher du doigt… Tout le jour et jusque tard dans la nuit qui suivit, on vit des lumières encore allumées, des enfants et des adultes au regard rêveur marcher, s’arrêter, repartir… réfléchir.

L’aube arriva et avec elle une foule se regroupa dans la cour du palais. Tous voulaient savoir qui répondrait à l’offre du parchemin…

Lorsque le roi apparut sur son balcon, dans son habit de fête, tout le monde retint son souffle… Il les regarda intensément et leur dit simplement: *Qui parmi vous est prêt à relever le défi des trois chambres?*. Alors on se mit à se regarder les uns les autres, à attendre que quelqu’un réponde… et là, un homme s’avança. Oh, le peuple le connaissait bien et l’aimait beaucoup. C’était le boulanger! Un homme rond comme une pâte bien levée et au sourire généreux. *Moi, dit-il, moi je veux bien essayer Sire*… Le roi lui adressa un signe pour le faire approcher. *Merci boulanger. Y a-t-il quelqu’un d’autre?*. Un long jeune homme tout fluet approcha timidement. Il avait les yeux bleus comme l’eau fraîche… *Regardez, c’est le gardien de la source*, murmura alors quelqu’un dans la foule. *Merci à toi. Une dernière personne?*, dit le roi. On entendit alors un froissement de tissu, un pas léger comme une plume… *Moi*. Tous se tournèrent vers l’homme… il avait une allure discrète, mais ses mains semblaient remplies de quelque chose... Les gens se regardaient semblant tous se poser la même question : *qui est-ce?*… Comme s’il avait entendu, l’homme se présenta d’une voix douce en se courbant devant le roi: *Je suis le sculpteur de bois, j’habite au cœur de la forêt, voilà pourquoi on ne me voit pas souvent ici…*. *Merci sculpteur de bois. Tu seras donc le troisième… Vous avez une semaine pour remplir chacun une chambre vide. Dans une semaine à la même heure, nous saurons si j’aurai trouvé mon conseiller.*

L’attente… l’attente qui suivit sembla interminable pour chacun… On vit souvent des enfants regarder par la grille du palais pour essayer de deviner ce que transportaient les charrettes royales commandées par le boulanger, par le gardien des sources ou par le sculpteur de bois. 

Puis vint le grand jour… Tous étaient à nouveau rassemblés dans la cour, comme suspendus du regard et du cœur au balcon du roi. Le défi aura-t-il été relevé? Une chambre vide aura-t-elle pu être remplie? 

Dans le palais, le roi commença sa visite. Il alla d’abord vers le boulanger. *Boulanger, avec quoi as-tu rempli ta chambre?*. Le boulanger répondit *Majesté, à longueur de journée j’entends le peuple dire *On a faim…on a tellement faim…*. Alors, j’ai pris les meilleures farines du royaume et j’ai fait les plus beaux pains que je n’aie jamais cuits pour en remplir la pièce entière!*. Alors le roi ouvrit la porte, mais… plusieurs pains roulèrent jusqu’à ses pieds laissant un espace vide. *Merci boulanger, dit le roi, ton pain est beau et bon. Tu as mis du cœur à ton ouvrage… allons voir le gardien de la source, si tu veux bien.*. Le roi demanda au gardien: *Et toi gardien, avec quoi as-tu rempli ta chambre?*. Le gardien répondit : *Sire, à longueur de jour j’entends le peuple murmurer *on a soif… on a tellement soif!*. Alors j’ai rempli tous les récipients de verre que j’ai pu trouver de l’eau de la source.*. Quand le roi ouvrit la porte, il s’émerveilla devant les mille reflets de l’eau. Presque tout l’espace était rempli… il y avait tout de même des petits vides entre les creux des récipients. *Merci gardien des sources… elle est belle ta pièce. Tu as bien travaillé… allons ensemble voir le sculpteur de bois.*

Alors qu’ils s’approchaient de la troisième porte, le roi s’arrêta, captivé par un rai de lumière qui venait jusqu’à lui. Il le suivit du regard et vit qu’il s’échappait de la serrure de la troisième porte. Sans dire un mot, il mit sa main sur la poignée et ouvrit… Au cœur de la pièce, il y avait une magnifique lanterne en bois sculpté… à l’intérieur, une bougie était allumée et la lumière de sa flamme dansait… elle dansait contre les mur, elle dansait dans chaque recoin… Tout était rempli de cette danse douce et chaude, rempli à en déborder par la serrure… cette lumière vint alors danser jusque dans le cœur du roi, remplir son vide à lui… il sut, tout comme le boulanger et le gardien de la source, que cette lumière portait un nom unique, particulier, merveilleux. Ce nom disparu depuis si longtemps dans tout le royaume… *l’espérance*!

Le roi remercia le sculpteur de bois sans un mot, simplement avec un regard profond et mouillé d’émotion… Ce soir-là, le nouveau conseiller du roi, accompagné du boulanger et du gardien de la source, alla visiter chaque habitant du royaume pour lui donner un pain, une fiole d’eau… et approcher la flamme de sa lanterne au bois de leur cheminée. Chaque maison s’alluma les unes après les autres, comme une guirlande d’espérance.

 

(adaptation d’un souvenir entendu par l‘Isabelle de Jeff…)

*Oui, moi, le Seigneur, je connais les projets que je forme pour vous. Je le déclare: ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir plein d’espérance.* La Bible, Jérémie 29.11 

*Jésus leur dit: Je suis la pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif.* (Jean 6:35)

*Jésus leur parla de nouveau, et dit: Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.* (Jean 6:35)